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Intérêt de la kinésithérapie pour le patient atteint de la maladie de Parkinson. 25 avril, 2009

Posté par thierryperonmagnan dans : Enseignement,Maladie de Parkinson , trackback

1) Introduction :

Depuis les années 90, la médecine et la kinésithérapie sont soumises à « l’évidence base médecine » (EBM). C’est-à-dire à la médecine par la preuve. On ne peut donc, en principe, évoquer une pathologie et son traitement sans se référer aux résultats des études sur le sujet, réalisées avec la rigueur méthodologique en vigueur. Malheureusement, la rééducation en kinésithérapie pour la maladie de Parkinson (MP) manque d’étude avec un niveau de preuve suffisant pour valider un protocole de rééducation standardisé. Nous utilisons donc actuellement les résultats des recommandations de la réunion de consensus qui a eu lieu en 2000 rédigée par la  Haute Autorité de Santé (HAS) (1).

Classiquement, la posture ou le rôle du kinésithérapeute est de jouer l’interface entre le malade et le médecin. C’est de cette place que je vais développer mon exposé, j’espère donc être compréhensible par les uns et par les autres !… Je vais évoquer à la fois ce qui est actuellement recommandé par l’HAS et l’illustrer par ma pratique de terrain auprès des patients. Il s’agit d’un article de vulgarisation.

Il est difficile de parler d’une maladie, comme la maladie de Parkinson (MP), à un public généraliste.  Mes patients me posent souvent, après une durée variable, des questions précises, j’ai l’habitude de leur répondre aussi honnêtement et documenté que possible. Chacun « entre en maladie » à son rythme et il est nécessaire de respecter les questions que ne se posent pas les patients.  Mais si vous êtes venus sur ce blog c’est pour avoir certaines réponses !

Ce qui suit est conçu pour aider les patients, les aidants, les praticiens qui sont confrontés à la MP, à mieux comprendre cette maladie et à mieux y faire face de façon raisonnée, pour ne pas dire raisonnable (la kiné a aussi  ses limites!).

Même si le traitement médical est un allié  essentiel, l’exercice physique participe très largement au maintien de la qualité de vie des patients. Il est plébiscité par tous les patients qui le pratiquent de façon adaptée et régulièrement.

La MP évolue lentement tout au long de la vie. Bien que la nosologie soit précise, il faut savoir qu’il existe des variantes dans l’expression clinique de la maladie. Tous les malades n’évoluent pas exactement à la même vitesse ni avec exactement les mêmes symptômes. Je ne fais pas allusion aux syndromes parkinsoniens, car s’ils ont évidement de grandes similitudes avec la MP, ils diffèrent néanmoins par nombre de points que je ne détaillerai pas ici. Mais, même au cœur de la MP, la variabilité des présentations cliniques et leur importance ainsi que leur évolution existent. On parlera de MP « sage » ou au contraire de maladie « sévère » à évolution plus rapide. Entre ces extrêmes, vous l’avez compris, existe un large spectre symptomatique.

Quoi qu’il en soit, la kinésithérapie peut pour chaque profil de la maladie, apporter un « plus » significatif pour le patient.

Classiquement on décrit trois phases qui débutent après le diagnostic.

La période de diagnostic, qui est toujours vécue difficilement  demande une approche particulière par les soignants (l’annonce d’une maladie grave).

La phase dite de lune de miel où les symptômes, bien que présents, sont discrets et n’engendrent pas d’ajustements trop lourds dans la vie du patient.

La phase d’installation où la maladie est bien contrôlée par le traitement mais où ses effets secondaires sont souvent gênants.

Et la phase dite de déclin lorsque les traitements contrôlent moins efficacement celle-ci.  La durée des phases étant variable d’un patient à l’autre, mais on peut dire qu’autour de cinq à huit ans après l’annonce du diagnostic il est nécessaire d’apprendre à composer avec la maladie dans sa vie quotidienne. La kinésithérapie est indispensable à ce stade.

Encore un élément avant de terminer cette introduction : il est maintenant de plus en plus admis que la MP ne provoque pas, au cours de son évolution, seulement une perturbation de la motricité, mais également qu’elle a une influence sur « l’humeur » et sur les aptitudes à « organiser ses actions » (motrices et cognitives, en particulier la concentration). Il faut parler d’une atteinte des comportements plus que d’une seule atteinte de la motricité.

La MP est une maladie chronique neurodégénérative qui, par l’atteinte d’un système de régulation perturbe, à des degrés divers, plusieurs fonctions neurologiques : motrice, associative et limbique. Mais il reste légitime de dire que l’entrée dans la maladie est motrice et qu’elle peut ensuite atteindre les autres fonctions évoquées. Les proches et les soignants devront intégrer ces modifications comme partie intégrante de la maladie et adapter leurs propres comportements ou stratégies thérapeutiques à cette évolution. L’importance de la variable psychologique est donc essentielle à la compréhension du malade pour dispenser une aide efficace.

La MP atteint la motricité automatique, mais celle-ci n’est que le relais d’une décision volontaire qui de fait se trouve perturbée. Je vous proposerai, pour commencer, un rappel théorique très succinct sur les mécanismes neurologiques des mouvements volontaires sur le modèle actuellement admis, un autre sur la physiopathologie de cette maladie (atteinte des mouvements automatiques). Ensuite je vous présenterai des exercices pratiques de rééducation, ciblés sur les difficultés que rencontrent le plus souvent les patients parkinsoniens lors des premières difficultés motrices, notamment la marche.

2) L’élaboration des mouvements volontaires :

En effet il est utile de comprendre comment se génère un mouvement volontaire pour mieux saisir ce qui caractérise cette maladie : la disparition progressive des comportements volontaires et leur automatisation. Ce sont aussi des connaissances utiles pour maintenir le plus longtemps possible une activité motrice normale et développer par la suite des stratégies de compensations efficaces.

Lors du dernier congrès de neurologie de langue française (JNLF) qui a eu lieu à Lille la semaine dernière (c’est tout frais !), il a été question à nouveau, de cette modélisation du mouvement volontaire (2). Je le répète, je simplifie à l’extrême, ce qui va suivre est « inexact, mais pas faux ! » (Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable » Paul Valéry).

Pour se représenter le cerveau (3), il faut imaginer trois niveaux fonctionnels répartis sur trois étages. La partie supérieure ou cortex serait le haut lieu des décisions, la partie moyenne ou ganglions de la base, serait le régulateur des actions élaborées plus haut et la partie basse ou tronc cérébral et moelle épinière,  serait le point de départ des actions motrices. Les trois niveaux étant en interaction permanente. J’omets volontairement le rôle du cervelet, nous y reviendrons  en abordant le contrôle balistique du geste dans les stratégies compensatrices de la marche avec le guidage externe.

Dans la zone préfrontale du cortex (le front), il y a trois entités anatomiques qui permettent de « construire une action volontaire ». Pour qu’une action efficace ait lieu il faut l’enchaînement harmonieux de quatre actions consécutives (4) :

-       La motivation vers un but
-       La planification ordonnée des actions nécessaires pour atteindre celui-ci
-       L’exécution proprement dite de l’action
-      Le contrôle ou la régulation de celle-ci par rapport à ce même but

La motivation est induite par un besoin, une envie. Ex : j’ai soif, il faut que je me lève pour aller chercher un verre d’eau dans la cuisine.

La planification est l’agencement cohérent de la motricité à l’environnement pour un but déterminé: il faut que j’organise mon parcours pour qu’il soit rapide et efficace par rapport à mon environnement. Ex : repousser la chaise sur laquelle je suis assis sans la renverser, me retourner, traverser le salon en contournant la table basse et les fauteuils sans les heurter. Rappeler au passage à ma fille qu’il faut qu’elle range son puzzle qui traîne sur le sol et qui pourrait faire tomber quelqu’un…

L’exécution : l’activation des séquences motrices choisies pour que l’action soit économiquement rentable et stratégiquement pertinente. J’y reviendrai.

Le contrôle : c’est la capacité à ajuster l’écart entre ce que j’ai voulu faire et ce que j’ai fait. C’est l’ajustement entre un modèle de déplacement, en mémoire, et le retour des informations sensorielles provoquées par la réalité de mon déplacement.

Cette jolie roue décisionnelle a besoin, en permanence, de nombreuses informations pour tourner rondement. Elle sera alimentée par tout le cortex qui lui fournira, « en temps réel »,  toutes les afférences nécessaires. La  motivation sera alimentée par une envie endogène ou exogène (la soif, c’est endogène, il faut que j’aille travailler, c’est exogène !). La planification se nourrira des informations stockées en mémoire, comme le plan de mon appartement (hippocampe) et organisée dans ma mémoire de travail. L’exécution aura besoins des paternes moteurs élaborés et stockés  dans les différentes aires motrices. Le contrôle sera étayé par les afférences sensorielles que renvoie l’action et par le programme moteur en mémoire. C’est plus complexe, mais justement cela concerne beaucoup l’étage du dessous.

L’ensemble de ces informations est ensuite dirigé pour régulation dans une structure composée de quatre éléments qu’on appelle les ganglions de la base (ils sont à la base du cortex).

Cette structure complexe a une porte d’entrée (le striatum) et une de sortie (le palidum interne et le noyau sous thalamique). Le traitement de l’information consiste ici à moduler de façon quantitative, c’est-à-dire « en plus ou en moins », chacun des messages reçus. On retiendra qu’elle permet tout simplement d’augmenter ou de diminuer chacune des actions de la roue du mouvement volontaire. Le message en retour est redirigé vers le cortex (moteur pour la partie motrice) puis redescend à nouveau par une autre voie que l’on appelle cortico-spinale. Là ce sont les effecteurs, les muscles, qui vont exécuter le programme et me permettre d’aller chercher mon verre d’eau !

3) Le dérèglement du contrôle moteur dans la maladie de parkinson :

Le système de régulation des mouvements est sous le contrôle des ganglions de la base (5). Ils permettent d’initier, d’ajuster le tonus et la durée des contractions musculaires d’un programme moteur, préalablement sélectionné par le cortex. Au repos, ils sont des inhibiteurs de l’action. Ce sont eux qui permettent « qu’on ne bouge pas » quand on est au repos !  Lorsqu’ils sont stimulés par les infos (motrices ici)  en provenance du cortex, ils modulent celles-ci en positif ou négatif. La médiation s’effectue par des échanges chimiques via les neurotransmetteurs. Deux voies régulent les entrées, l’une directe (facilitatrice) et l’autre indirecte (inhibitrice). Un second système de régulation intervient pour affiner encore le premier, la substance noire compacta située dans le tronc cérébral libère de la dopamine dans le striatum (la porte d’entrée). Cette fameuse dopamine favorise la libération de l’information et donc du mouvement. Dans la MP pour une raison inconnue, cette boucle que l’on appelle nigro-striée devient progressivement défectueuse et donc les mouvements de plus en plus difficiles.

Donc, les ganglions de la base participent à la phase motivationnelle et décisionnelle de l’action, c’est leur contribution au mouvement volontaire. Ils régulent automatiquement en permanence les éléments moteurs  permettant la réalisation proprement dite de l’action, comme la marche. Ce dispositif permet de marcher en parlant, tout en enfilant sa veste et en vérifiant que les clés de la voiture sont bien dans la poche. Autant de tâches simultanées qui deviennent difficile avec l’évolution de la maladie.

4) La rééducation : motricité et stratégies :

Pour la HAS le cadre général spatiotemporel rééducatif idéal est le suivant :

« Pour la kinésithérapie comme pour l’orthophonie les données de la littérature privilégient des périodes de traitement relativement intensives effectuées sur un temps limité. La poursuite des exercices à domicile, comme la prise en charge en groupe éventuellement organisée par les associations sont des éléments forts d’optimisation et de maintien des acquis. Le projet de rééducation doit s’intégrer dans le projet thérapeutique global »

Il est bien entendu  à adapter au cas par cas à chaque patient et à son stade d’évolution.

Comme dit plus haut dans l’introduction il n’y a pas de protocole de rééducation validé  dans la MP. Mais une équipe australienne a validé récemment dans une étude une démarche rééducative qui a significativement améliorée les patients (8):

Démarche rééducative :

Principes rééducatifs:

 

  1. Les mouvements et la fonction sont améliorés par le guidage visuel en utilisant les repères externes.
  2. Les mouvements et la fonction sont améliorés avec les stratégies attentionnelles
  3. Le transfert des compétences est renforcé par le travail spécifique des situations perturbées dans le quotidien du patient.
  4. L’état général et les capacités aérobiques sont améliorés par l’exercice.
  5. Le maintien des acquis est optimisé lorsque les soignants sont formés à ces principes.

Contenu thérapeutique :

 

  1. Indiçage visuel et sonore
  2. Stratégies attentionnelles anticipations mentales (démarche proactive) sur les points clés, répéter mentalement les tâches et en particulier décomposer les tâches complexes en sous programmes.
  3. Pratiquer des exercices à visée fonctionnelle marche, demi-tours, se lever d’une chaise. Faire varier les surfaces et combiner des parcours intérieurs et extérieurs.
  4. Travailler l’endurance aérobique : vélo, tapis de marche, randonnées.
  5. Education à la santé : souligner l’importance des exercices physiques, l’auto-rééducation et la prévention des chutes
  6. Pratique de la relaxation et du contrôle respiratoire
  7. Prévention ou soins des troubles musculo-squelettiques : diminuer les tensions musculaires (nuque, dos)
  8. Préserver les amplitudes des mouvements (Rachis)

Répartition dans chaque séance:

Au stade du diagnostic de la MP :

Dès ce stade il peut y avoir une indication de kinésithérapie. Il y a bien souvent la triade clinique (tremblements, akinésie, raideur) qui permet d’affirmer le diagnostic, on parlera de déficiences, mais il n’y a pas d’incapacité (à faire quelque chose). C’est une phase informative, où le neurologue adresse le patient pour une éducation thérapeutique et la mise en place d’un programme de rééducation qui anticipent les difficultés à venir.

Il s’agit d’évaluer le mode de vie du patient, et de pratiquer un premier bilan où le praticien notera les éléments qui l’aideront pour son diagnostic :

-   Une raideur localisée sur un seul membre (souvent la main ou le pied)
-   Une difficulté à l’écriture (micrographie)
-   Une discrète gêne à la marche (le bout du pied qui accroche parfois)

Les techniques de rééducation sont simples à ce stade. Il faudra apprendre au patient à étirer régulièrement le membre considéré, mais aussi à ne pas le sous utiliser. Pour améliorer l’écriture, il pratiquera régulièrement des exercices (grand format) de tracé de frises, de boucles, de spirales, en veillant à la participation des articulations des doigts et du poignet et pas seulement de l’épaule. Pour avoir de meilleures informations sensitives et donc un meilleur contrôle du stylo, il est préférable d’utiliser un stylo assez gros. Il est utile de chercher à écrire large en suivant des lignes. Dans les stratégies de rééducation, le rythme est souvent un allié précieux, il ne faut pas hésiter à écrire en musique en suivant la mesure.

Dans la marche, il faut attirer l’attention du patient, sur la nécessité de poser le talon en premier dans l’attaque du pas et non pas le bout du pied. Il faut également lui rappeler de poursuivre toutes ses activités sportives, ou l’encourager à les reprendre. S’il n’a pas de passé sportif ni d’appétence pour  l’exercice, il faut mettre en place  un programme aussi simple et ludique que possible, en ciblant les points essentiels, pour qu’il puisse adhérer progressivement à cet aspect du traitement.

C’est la période où le patient « entre en maladie ». C’est un temps souvent « mal vécu », au sens où il y a soit une surestimation des dommages de la maladie et de la qualité de vie à venir. Soit au contraire un déni (partiel ou total) de la MP et des changements futurs.

La période lune de miel se confond avec la première. Pendant des années la maladie évolue et reste contrôlée par la L-dopa ou/et les agonistes dopaminergiques. La contrainte est dans la prise des médicaments, dans une fatigabilité inhabituelle, dans l’appréhension de voir évoluer la maladie, dans l’acceptation du regard des autres (tremblement) et parfois dans l’acceptation de la maladie qui n’est pas encore faite. Mais le patient mène une existence « normale ». C’est-à-dire qu’il conserve  l’accès à tous ses centres d’intérêts.

La période d’installation de la maladie qui succède à la lune de miel est celle de l’installation des complications. C’est l’apparition des fluctuations. A la fin de l’effet du médicament (± 4 heures) l’akinésie (le ralentissement) réapparaît et parfois très brutalement. C’est ce qu’on appelle le phénomène ON/OFF où le patient voit soudainement son corps se figer. Une patiente me décrivait cette phase en m’expliquant qu’elle était soudainement saisie d’une grande fatigue, mais pas comme les bien portants, plutôt comme le lapin d’une célèbre marque de piles !

A l’inverse, il y a les dyskinésies (mouvements anormaux)  de milieu de dose qui peuvent être de plus ou moins grande amplitude et plus ou moins généralisées à tout le corps. En fin de dose le défaut de dopamine se traduit à nouveau par une raréfaction des mouvements, voire des dystonies avec blocage. A cette phase de la maladie les effets des médicaments, et leur absence, semblent amplifiés. Ce qui déroute souvent l’entourage, c’est que dans leur majorité, les patients « préfèrent » vivre les dyskinésies que les périodes de blocage. Un peu comme s’ils ne « voyaient » pas ces mouvements anormaux.

Connaissant bien ces effets, qui signent la baisse d’efficacité de la L-dopa, les neurologues ont pour principe (jusqu’à maintenant, car c’est peut être en train d’être remis en cause) de donner de la L-dopa le plus tard possible après le diagnostic et avec la plus petite dose pour que la symptomatologie soit supportable par le patient. La dose sera aussi minime que  possible. Ceci pour que ses effets soient plus durables dans le temps.

C’est toute l’importance de la bonne relation qui doit s’établir avec son médecin, pour qu’ensemble ils élaborent leur « feuille de route » basée sur l’expertise clinique du médecin et sur l’importance des nuisances que peut supporter son patient.

A ce propos, lors d’une consultation multidisciplinaire, la jeune patiente parkinsonienne qui était à ce moment agitée d’importantes dyskinésies (milieu de dose), expliquait qu’elle ne supportait pas les blocages. Pour les éviter, elle prenait donc des doses importantes de L-dopa. Bien que ses blocages soient certainement douloureux, après neuf ans de maladie on aurait pu penser que sa  «tolérance » à ces manifestations de la maladie serait plus grande. A la fin de la consultation, comme le médecin (qui voyait la patiente pour la première fois)  l’interrogeait sur cet aspect, elle reconnue qu’elle n’avait jamais acceptée sa maladie…

C’est à cette phase que la kinésithérapie prend toute son importance. L’esprit de la relation avec le patient doit être celui d’une confiance réciproque, pour ne pas dire complicité, afin d’éviter les travers évoqués à l’instant plus haut. Le patient n’écoutera pas les bonnes recommandations du kinésithérapeute s’il n’y a pas cette qualité d’écoute. Ne pas hésiter à réorienter le patient vers son neurologue pour qu’une aide psychologique, voire psychiatrique soit proposée.

Dans cette phase sensible, et plus que dans les précédentes, il faut bien connaître les éléments défavorables à la bonne réalisation de nos objectifs de rééducation et ceux qui faciliteront notre travail. La fatigue, le stress, les fins de doses, les périodes off sont des facteurs péjoratifs à la réalisation d’une séance de kinésithérapie.

A ce stade, il faut travailler le corps dans son ensemble. Il n’y a pas de séance type, mais des objectifs généraux et des spécificités individuelles à considérer plus particulièrement (par ex : une douleur lombaire liée à un problème postural). Il faut lire les articles d’Antoine LAUMONIER et de Jean Pierre BLETON (6, 7)  qui traitent de l’approche rééducative des différents stades de la maladie.

L’HAS préconise les séances individuelles et de groupe pour leur aspect stimulant. Les deux sont complémentaires. Pour ma part, en séance individuelle nous favorisons les étirements, la marche et la rééducation des gestes fins. Les séances de groupe (2 à 5 personnes) sont plus gymniques et les échanges verbaux sont favorisés.

Dans la rééducation, il y a deux dimensions: l’une émerge des fonctions sensorimotrices et l’autre cognitivo-comportementales. Les deux étant, dans la pratique, indissociables. Elles  font appel à des circuits neuronaux différents. L’un sollicitant la voie cortico-sous corticale (les ganglions de la base) et la voie nigro-striée défaillante, l’autre faisant appel à des mécanismes compensatoires comme la voie cérébelleuse évoquée plus haut. Les boucles de régulation cérébelleuses contrôlent plus particulièrement les mouvements d’amplitudes dirigés vers un but (il est probable que l’indiçage visuel qui favorise la marche soit soutenu par cette voie).   La sensorimotricité concerne la prise de conscience posturale, gestuelle et tonique du corps au travers d’étirements, de travail actif répétitif (exercices). La dimension cognitive est la prise de conscience ou la mentalisation proactive de la gestuelle et des comportements. En accentuant (volontairement) le temps de la planification des gestes à accomplir on apporte un soutien à la phase exécutive. C’est-à-dire imaginer le geste et son exécution avant l’action. Il faut ajouter la prise en compte des stimuli endogènes (motivation) et exogènes, comme par exemple l’importance de la prise en compte de l’environnement pour l’indiçage visuel (8).

La pratique est heureusement plus simple. Il faut renforcer la stimulation, c’est-à-dire trouver les bons leviers de la motivation pour un patient particulier. Il faut répéter les exercices avec une notion d’amplitude (aussi complète que possible). Il faut apprendre à utiliser un nouveau « rythme intérieur » pour soutenir la vélocité du geste et « tromper » l’akinésie. Un patient à l’habitude de me dire qu’il « trompe son cerveau » pour éviter les blocages à la marche : il pense à autre chose, en étant très concentré sur l’action….Un autre patient, très anxieux, qui dans son travail, est amené à faire des conférences, a fréquemment un freezing de la voix (il bégaie à ce moment). Pour contrôler celle-ci, il pense à ses pieds en parlant… Souvent les patients remuent les bras volontairement où les lèvent en l’air pour débloquer la marche. Tout se passe comme s’il fallait faire une action volontaire, même si celle-ci n’a rien à voir avec l’action visée !

Enfin, la phase de déclin est la phase où toute la symptomatologie est majorée, les chutes sont fréquentes, les blocages aussi. Les troubles de la déglutition peuvent être redoutables et provoquer des fausses routes, sources toujours possibles d’infection pulmonaire. La kinésithérapie a pour objectif de maintenir le meilleur niveau d’autonomie. La rééducation est essentiellement passive et orientée sur le confort du patient. La place de la kinésithérapie respiratoire est importante pour faciliter un éventuel désencombrement et maintenir un bon niveau de perfusion (oxygénation) chez une personne peu mobile.

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Un support diapo (photos d’exercices) est disponible 1 et 2 , vous y trouverez un certain nombre d’exercices, non exhaustifs, on peut en inventer continuellement !….J’en profite pour lancer un appel, si vous avez des idées d’exercices compatibles avec  les principes développés ci-dessus, je les accueillerai avec plaisir ! On pourrait imaginer une banque de données en images accessible à tous.

les outils d’évaluation motrice utilisés par les soignants dans la MP : ICI

En résumé :

La MP est une maladie chronique évolutive, elle est bien contrôlée pendant de nombreuses années  par le traitement médical et l’exercice physique dirigé. « L’entrée dans la maladie » se fait progressivement et l’acceptation de celle-ci conditionne la réussite des stratégies de rééducation lors de l’avancée dans la maladie. L’accompagnant, le patient et le thérapeute, doivent savoir identifier les troubles moteurs, psychologiques et cognitifs,  en lien ou non avec le traitement. Ceci afin d’offrir les meilleures réponses comportementales et thérapeutiques pour le maintien de la qualité de vie du patient. La « bonne » communication entre tous les intervenants est essentielle. Annick Tournier (9) dit : « il faut apprendre autrement » et rajoute il faut surtout « vivre, vivre, vivre !».

Référence :

1- HAS. La maladie de parkinson : Critères diagnostics et thérapeutiques. http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_272069/la-maladie-de-parkinson-criteres-diagnostiques-et-therapeutiques

2- JNLF 2009 – Lille, Mercredi 1 avril 2009. Comportements, cognition et émotion : fonctions et dysfonctions des ganglions de la base http://www.snlf.net/programme%20SNLF-GRECO%2009.pdf

3- Le cerveau à tous les niveaux ! Le cortex moteur : http://lecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_06/a_06_cr/a_06_cr_mou/a_06_cr_mou.html

4- R. Levy et B. Dubois. Etapes nécessaires aux comportements volontaires diriges vers un but.  2006 :http://ccrn.unblog.fr/files/2008/07/10m2npsy07levy.pdf

5- Dr P. Sauleau. Service des Explorations Fonctionnelles CHU de Rennes. Physiologie des ganglions de la base : medapod.univ-rennes1.fr/medcast3/wp-content/uploads/noyaux-gris-centraux-2008.ppt

6- Antoine Laumonnier : Masseur-kinésithérapeute, Jean-Pierre Bleton : Masseur-kinésithérapeute cadre supérieur Hôpital Sainte-Anne, centre Raymond Garcin, Paris  France. Place de la rééducation dans le traitement de la maladie de Parkinson. Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation [26-451-A-10]

7- Antoine Laumonnier : Rééducation des sujets âgés présentant un syndrome parkinsonien

http://www.john-libbey-eurotext.fr/fr/revues/medecine/pnv/e-docs/00/04/26/5E/article.phtml

8- Morris ME, Iansek R, Kirkwood B. A Randomized Controlled Trial of Movement Strategies Compared with Exercise for People with Parkinson’s Disease. Mov Disord 2009;24(1):64-71.

9- Annick Tournier,  Corps à corps avec Parkinson. Les empêcheurs de penser en rond. La découverte. 2009.

 

 

Commentaires»

  1. bonjour
    pouvez vous svp m’envoyer les exercices de rééducation de la maladie de parkinson
    cordialement

  2. bonjour, pouvez vous me faire parvenir des excercices de rééducation a faire au domicile d un patient. Merci

  3. j’ai été soigné par monsieur laumonnier il y a 20ans pour un torticolis et j’aurai besoin a nouveau de kinésithérapie pourriez vous m’indiquer ses coordonnées ?MERCI

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